Allégations trompeuses sur les œufs de cailles de la Filière Qualité Carrefour
« Cailles libres de voler », « élevage respectueux des animaux »,
« productrice engagée », « produits responsables », « densité très fortement réduite » :
ces mentions valorisent les œufs de cailles de la marque Filière Qualité Carrefour
vendus dans ses supermarchés, partout en France.
Une communication rassurante qui contraste totalement avec l’enquête montrant des images de
cet élevage vendéen fournissant la marque : cadavres,
cailles déplumées, grande promiscuité,
pas d’accès à l’extérieur, hygiène déplorable,
sol entièrement grillagé. Ces mentions trompeuses induisent en erreur le consommateur :
L214 porte plainte et demande à Carrefour d’écarter de ses linéaires les produits
issus d’élevages intensifs, dans le cadre de l’objectif de réduction du
nombre d’animaux tués pour l’alimentation.
Les 30 000 cailles pondeuses y sont élevées dans deux volières installées dans le bâtiment.
Chacune mesure 200 m². L'enrichissement de l’environnement des animaux
mentionné par Carrefour (p. 2)
se limite à des chaînes et des pierres installées au milieu des volières.
Les cailles y pondent pendant 10 mois puis sont envoyées à l’abattoir.
Après 2 mois de vide sanitaire, les volières sont à nouveau remplies d'oiseaux.
Les 65 000 cailles reproductrices (mâles et femelles)
sont enfermées en cage pendant 6 mois avant d’être tuées à l’abattoir.
Les femelles pondent des œufs fécondés qui sont transportés en couvoir où les cailleteaux
écloront. Les femelles deviendront à leur tour des cailles pondeuses.
Les cailles de cet élevage pondent à elles seules 7 % de la production annuelle d'œufs de cailles de table en France.
L214 porte plainte contre l’élevage auprès de la procureure du tribunal judiciaire des Sables-d’Olonne pour mauvais traitements sur les animaux commis par un professionnel, et contre Carrefour pour pratiques commerciales trompeuses.
Depuis novembre dernier, L214 a pu se procurer des preuves vidéos
de deux autres élevages fournissant la marque Filière Qualité Carrefour.
Il s’avère que les pratiques de production ne correspondent pas aux mentions
valorisées par la Filière Qualité Carrefour :
Le rapport d’information du Sénat réalisé au nom de la commission des affaires économiques
sur l’information du consommateur rappelle que « les consommateurs sont “en quête de sens
et de réassurance”, et demandent à ce titre un nombre croissant d’informations
sur des thèmes variés : santé, environnement, [...] bien-être animal ».
Carrefour nourrit ce besoin des consommateurs à coups d’allégations rassurantes.
Or, chaque fabricant dispose d’une liberté de communication sur ses produits
sous réserve qu’elle ne trompe pas le consommateur.
Pour Bérénice Riaux, chargée des enquêtes de L214 :
« En France, l’élevage intensif prédomine avec 8 animaux d’élevage sur 10
qui n’ont pas accès à l’extérieur, par conséquent l’offre en supermarchés
est majoritairement issue de ce type d’élevage. Pour répondre aux
83 % de Français et de Françaises
favorables à l'interdiction de l’élevage intensif, des mentions rassurantes fleurissent sur les
packaging notamment sur les produits de la Filière Qualité Carrefour.
Nos enquêtes sont autant de preuves qui décrédibilisent les engagements de Carrefour.
Puisque dans les faits, les animaux ne sont pas mieux traités
que dans d’autres élevages intensifs. »
Le Plant Protein Pact, l’engagement attendu
L214 demande à Carrefour de s’engager dans le Plant Protein Pact,
qui appelle les entreprises à se détourner de l’élevage intensif
en réduisant de moitié le nombre d’animaux tués pour approvisionner leurs rayons.
Cette demande s’accompagne de mesures concrètes, comme l’arrêt de la publicité et
des promotions sur les produits issus de l’élevage intensif ou la proposition
d’alternatives végétales dont au moins une serait moins chère que l’équivalent carné.
Contrairement à l’élevage de poules pondeuses pour la production d'œufs,
l’élevage de cailles pondeuses n’a pas de réglementation spécifique qui
encadre les conditions d’élevage. Par conséquent, pour les éleveurs, concrètement,
tout est possible, il n’y a pas de contraintes.
À cela s'ajoutent des contrôles des services vétérinaires de l’État quasiment inexistants :
le ministère de l’Agriculture ne prévoit de contrôler que 1 % des élevages par an.
Lors de ces inspections, la souffrance et la détresse des animaux liées aux
conditions d’élevage ne sont pas mesurées.
Ni le fait que les pattes des cailles
reposent des mois sur un sol grillagé, ni les nombreuses cailles mortes
dans ces volières lors des 10 mois d'enfermement, ni la promiscuité extrême,
ni les cailles déplumées, ni le manque de lumière naturelle, ni le manque d’air
frais ne donneront donc lieu à aucune suite de la part des inspecteurs vétérinaires.
1. Méthodologie du calcul : 400 m² (2 volières de 200 m²)
pour 30 000 cailles → 4000 000/30 000 = 133 cm².
La surface d’écran d’un smartphone de 6,5 pouces est d’environ 120 cm².
L214 est une association de défense des animaux. Depuis ses débuts en 2008, elle a rendu publiques plus de 130 enquêtes révélant les conditions d'élevage, de transport et d'abattage des animaux. Ces vidéos ont permis de dévoiler les pratiques routinières et les dysfonctionnements d'une industrie qui considère et traite les animaux comme des marchandises.