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Le 10/02/2026
Carrefour et LapiMauges : un discours bien rodé pour faire disparaître
la souffrance des lapins
Le 22 janvier dernier, L214 a montré des images de l’élevage LapiMauges (49),
vitrine de la filière Qualité Carrefour. Depuis, Carrefour, l’éleveur et les services
vétérinaires se relaient pour faire oublier les conditions de vie épouvantables des lapins
en cage, Carrefour a même repris ses approvisionnements et l’éleveur a annoncé porter plainte
contre L214.
L214 révèle aujourd’hui les dessous d’une stratégie marketing bien huilée de Carrefour
et de son partenaire.
Un récit mensonger bien ancré
« Converti à la Nouvelle Agriculture, Jean-Louis Chevalier espère réconcilier
le consommateur avec le lapin. » C’est ainsi que débute l’interview donnée en 2017
à ConsoGlobe.
L’exploitant y mettait en avant sa conduite d’élevage :
« Nous avons environ 3 500 petits lapereaux qui restent avec leur mère dans un petit parc
pendant un mois et une semaine environ. »
« Nous nous sommes notamment engagés à remplacer progressivement les cages par un élevage
en parcs, spécifiquement développé par notre coopérative pour tenir compte du bien-être
animal, et nous avons reçu pour cela une mention d’honneur du CIWF
(Compassion in World Farming) lors de la cérémonie des Lapins d’Or. »
Sur le site internet de l’élevage – mis en maintenance depuis la révélation des images –
on peut lire, grâce à web.archive :
« Nous sommes les précurseurs d’une nouvelle forme de production plus respectueuse de l’animal
et de l’environnement. »
« Le scandale concernant l’élevage industriel nous a poussé à être plus innovant pour
le bien-être de nos lapins. »
L’exploitant affirme aller bien plus loin que le bio. En agriculture biologique,
le cahier des charges impose notamment des aires de repos avec litière,
ainsi qu’un accès à un parcours extérieur végétalisé, permettant aux lapins de se déplacer,
se cacher et se percher sur des plateformes surélevées
(cahier des charges bio – Qualisud).
Carrefour : une filière qualité niveau standard
De son côté, en 2020, Carrefour annonçait que 100 % de la viande de lapin vendue sous
ses marques propres proviendrait d’élevages où les animaux sont élevés dans des enclos
aménagés d’ici 2023. En 2023, un autre rapport portant sur l’ensemble du groupe annonçait
que les approvisionnements en viande de lapin seraient en hors-cage en 2025. En 2024,
un nouveau rapport RSE annonçait que l’objectif du groupe était toujours d’atteindre
100 % d’approvisionnement hors-cage pour la viande de lapin. Pourtant, 98 % des
approvisionnements de Carrefour venaient encore d’élevages de lapins en cage. Dans le
reporting sur le bien-être animal de 2025, soudainement, les objectifs de Carrefour
concernant la viande de lapin ne sont plus du tout mentionnés.
→ Retracer l’évolution des engagements de Carrefour sur la filière lapins
Ces discours, de l’enseigne et de l’exploitant, ne sont ni isolés ni récents : ils constituent le socle même du récit de « qualité » mis en avant auprès de la clientèle.
Ce que montrent les images
Les images issues de cet élevage montrent :
- des lapins élevés en cages sans possibilité de se dresser, ni accès à l’extérieur, ni lumière naturelle,
- des animaux blessés, malades ou agonisants laissés sans soins,
- l’impossibilité d’exprimer des comportements essentiels.
Ces images documentent un élevage intensif tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, loin des promesses affichées, notamment celle « d’aller bien plus loin que le bio en ce qui concerne le bien-être animal ».
→ Le communiqué de presse du 22 janvier avec les vidéos et la liste des infractions
Pourquoi un contrôle administratif ne suffit pas à clore le débat
Le constat d’absence de non-conformité administrative dressé à l’issue d’un contrôle
ponctuel effectué à la suite de notre enquête ne constitue ni une validation des
promesses marketing, ni une réponse à la réalité montrée par ces images.
L214 a déjà été confrontée plusieurs fois à des communications des préfectures minorant les
infractions ou la situation des animaux.
Par exemple, lorsque L214 a dévoilé les images de l’abattoir de Sobeval, les services
du ministère de l’Agriculture sont allés jusqu’à nier les infractions qu’ils avaient
pourtant identifiées, ce qu’une fuite d’email a mis au jour.
Autre exemple, le GAEC du Roover a fait l’objet de nombreux rebondissements
aboutissant à une
condamnation de l’État pour dysfonctionnement des services vétérinaires.
Par 8 fois déjà, l’État a été reconnu coupable de carence fautive concernant des élevages
et des abattoirs suite aux images et recours de L214.
La conformité administrative, à un instant donné, ne garantit ni l’absence de
souffrance animale, ni la compatibilité d’un élevage avec les engagements affichés par
les distributeurs, ni même l’absence d’infractions.
Un problème structurel, pas un incident isolé
Si un élevage présenté comme « exemplaire » se révèle en réalité intensif et en cages,
ce n’est pas un accident.
C’est la conséquence directe d’un modèle de production de masse, conçu pour fournir de grands
volumes de viande à bas prix.
Ce modèle concerne l’ensemble des filières animales : produire beaucoup, rapidement,
pour entretenir une consommation moyenne de plus de 80 kg de viande par an et par personne
en France (deux fois plus que la moyenne mondiale).
Dans ces conditions, l’élevage intensif n’est pas une dérive marginale, mais un fonctionnement
structurel, pourtant massivement rejeté par la population, à 84 % opposée à l’élevage intensif.
Pour Brigitte Gothière, cofondatrice de L214 : « Le contrôle des services vétérinaires a
servi de caution pour refermer le débat sur les conditions d’élevage LapiMauges.
Il ne répond pourtant ni à la question posée par ces images, ni aux promesses répétées de
Carrefour auprès des consommateurs.
Depuis des années, Carrefour et l’éleveur LapiMauges mettent en avant cet élevage présenté
comme exemplaire, respectueux des animaux, allant “plus loin que le bio”.
Les images révélées par L214 montrent une réalité radicalement différente :
un élevage standard, intensif, en cages, incompatible avec les besoins et comportements
fondamentaux des lapins.
S’affranchir de l’élevage intensif est impossible sans s’extraire de la consommation de masse.
Les enseignes comme Carrefour doivent faire le choix de l’action au lieu de tenter de
maintenir une fiction. »
Ce que demande L214 à Carrefour
Plutôt que de continuer à promettre des élevages « exemplaires » structurellement
incompatibles avec la production de masse, Carrefour doit prendre sa part de responsabilité
dans la sortie de l’élevage intensif.
Cela passe par un engagement concret : rejoindre le Plant Protein Pact et participer
à sa mise en œuvre.
En pratique, cela signifie, d’ici 2030, que Carrefour s’engage à ce que ses ventes
contiennent au moins 60 % de protéines d’origine végétale (soit une réduction d’au moins
50 % du nombre d’animaux tués pour son approvisionnement), et à mettre en œuvre des mesures
telles que :
- arrêter les promotions et publicités en faveur des produits issus de l’élevage intensif ;
- réduire de 50 % les mètres linéaires consacrés à ces produits au profit des alternatives végétales ;
- garantir qu’à produit comparable, au moins une option végétale soit moins chère que son équivalent carné.
C’est la seule voie crédible pour permettre une réelle transformation du modèle alimentaire,
en cohérence avec les attentes de la population et les urgences éthiques, sanitaires et
environnementales.
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